LE VOLONTARIAT POUR UN PROJET DE SOCIÉTÉ


(Textes tirés de notre infolettre 160)
En 2025, les thèmes de nos infolettres concerneront le volontariat d’ATD Quart Monde. Au sein du Mouvement international, nous sommes cinq Québécoises et Québécois. Nous nous répartissons entre le Centre international, la France, le Royaume Uni, le Guatemala et le Québec. Mais je vous rassure, nous sommes au total, plus de 300 volontaires de diverses origines, un peu partout.
Dans ce numéro, en hommage, deux ans après son décès, je vous offre un extrait de Bernadette Lang. Elle me le disait et elle l’écrit ici, son ambition, celui du volontariat, ne se satisfait pas de lutter contre la pauvreté, c’est un projet de société qui reconnaît tous les humains dans leur dignité, en partant des plus pauvres.
Moi, je n’ai pas compris tout de suite le projet de société. Mon but était l’Afrique. Mais Sophie Boyer m’avait prévenu, « avant de partir avec ATD, il faut découvrir le Mouvement dans son pays ». Pendant ces 2 premières années, j’ai découvert la pauvreté canadienne et mes propres préjugés. J’ai perçu ce projet de société que nous poursuivons afin que personne ne soit oublié dans son humanité, dans sa dignité, surtout pas à cause de sa pauvreté.
Devenir volontaire avec ATD, c’est refuser la misère, refuser notre monde tel qu’il est, refuser que des humains soient abandonnés dans le mépris. Mais refuser, c’est aller à la rencontre des personnes les plus exclues, faire connaissance, faire confiance et expérimenter des moyens d’agir ensemble.

[…] Lorsque je me suis engagée dans le Mouvement, je n’ai pas d’abord rejoint les plus pauvres et la lutte contre la misère. Non, moi, ce qui m’a attirée, c’est le projet de société qui figurait dans les options de base, et qui reposait sur un volontariat. C’est le volontariat, comme tentative de projet de vie pour construire TOUTE une société qui s’analysera à partir de la qualité de vie du plus démuni. Voilà pour moi la garantie d’un monde sans misère ni exclusion. […]
Il semble que cela concerne tout le volontariat bien sûr, mais même le vocabulaire que nous employons dans le Mouvement entre nous, que nous mettons dans nos écrits. Allons-nous encore longtemps définir le Mouvement comme en étant un de lutte contre la misère? Il n’évoluera jamais, il se ghettoïsera si l’on ne voit que cet aspect-là. La société ne se mobilisera plus si elle ne se sent pas directement et personnellement concernée par l’évolution de son environnement social, culturel, politique, humain, spirituel, etc. Oui, il faut que chaque membre de lasociété se sente personnellement concerné par l’évolution de la société, celle vers laquelle on vise. […]
Comment […] être à la fois cette alarme qui permet de hurler face aux déraillements de la société, être les témoins solidaires jusqu’au bout de tous ceux et celles qui passent à travers les mailles du filet de génération en génération ET suivre l’évolution de la société. Je n’ai pas vraiment de réponse : Mais j’ai retrouvé [une citation] du Père Joseph nous incitant à aimer la société :
« …Ni religieux, ni soldats, ni idéologues, les volontaires se lient à la population la plus pauvre, non pas pour l’enfermer, mais pour obliger la société à l’accueillir et à lui donner les moyens de ses droits. Cela suppose que les volontaires soient mêlés aux évènements quotidiens et aux combats de l’humanité pour la justice, la paix, la liberté. Cela suppose aussi que les volontaires soient experts en humanité et connaissent tous les rouages de la société… »