Penser ensemble genre et pauvreté

Le 8 avril 2026, une quinzaine de personnes étaient présentes à la maison Quart Monde lors d’un temps d’échanges visant à présenter le chantier “Genre et Pauvreté” mené en France, et à discuter des résonnances avec nos réalités ici, au Québec. Juliette Léger, alliée du Mouvement en France, a démarré en rappelant ce qu’on peut entendre par ce mot “genre”, et comment cette approche permet de comprendre les attentes différentes de la société envers les femmes et les hommes et les inégalités et oppressions qui en résultent. 

Si de nombreux collectifs et groupes militants se penchent sur ces questions, ce qu’a essayé de faire le chantier “Genre et Pauvreté”, c’est de penser ces enjeux en suivant la boussole qui oriente nos actions à ATD, c’est-à-dire l’expérience des personnes vivant des situations de pauvreté. Ce besoin a émergé notamment lors des Rencontres des Engagements, qui ont eu lieu en France à l’été 2021. Plusieurs militantes et alliées de Lyon avaient animé un atelier pour présenter leur participation à la dernière marche du 8 mars de la Journée internationale des droits des femmes. Cet atelier a trouvé beaucoup d’échos, ce qui a encouragé la création d’un petit groupe au sein du Mouvement avec l’idée de :

  • Collecter et rassembler ce qui s’est déjà fait dans le Mouvement et faire des liens avec ce qui se passe ailleurs qu’en France ;
  • Approfondir la connaissance sur ces sujets, à partir des réalités et des résistances des personnes et des familles du Quart Monde. 

Un des éléments qui est ressorti, c’est que la question du genre n’est pas nouvelle dans le Mouvement et qu’on ne partait pas de zéro. Déjà dans le camp de Noisy-le-Grand dans les années 1960, l’expérience des femmes du Quart Monde et leurs savoirs, notamment sur la contraception, l’avortement, leur sexualité, leur choix d’être mère, ont été reconnus. Très rapidement, des actions du Mouvement ont ciblé les femmes et les jeunes filles, pour leur offrir des espaces collectifs, et aussi pour soutenir le développement de compétences professionnelles. 1

Puis, les Nations Unies ont déclaré 1975 comme étant l’Année Internationale de la Femme. Le Mouvement s’est saisi de cette opportunité, voulant faire entendre les réflexions et aspirations des femmes vivant la grande pauvreté. Après un grand travail préparatoire et de  nombreuses rencontres entre femmes dans différents pays européens, la Charte de la femme du Quart Monde a vu le jour. Quatre personnes du Mouvement sont allées à la conférence mondiale dans la ville de Mexico en juin 1975.

À travers un exemple récent et concret de connaissance qui a émergé pendant le chantier “Genre et Pauvreté” en France, nous avons cherché à “enfiler les lunettes du genre” pour regarder une situation montrant les normes différentes que peuvent avoir les travailleurs-ses sociaux-ales en France envers la mère ou le père. 

Aujourd’hui, la question du genre continue de faire son chemin dans le Mouvement. Il représente une préoccupation qui se fait de plus en plus entendre en lien avec ce qui émerge dans l’actualité locale. Des exemples ont été donnés lors de la rencontre, notamment celui de la démarche de croisement des savoirs menée en Bolivie sur les violences exercées sur les femmes en situation de grande pauvreté. Mais aussi, le genre suscite des remises en question sur le fonctionnement interne d’ATD Quart Monde, comme en témiogne la mise en place, en Afrique, d’un comité des femmes afin d’aborder entre autre la participation des femmes dans la gouvernance du Mouvement. 

1 Voir notamment l’Igloo n°65-66 de février 1972, “Jeunes filles du Quart Monde, qui êtes-vous ?” et l’Igloo n°114, “Pour une politique de la maternité”