ATD Quart Monde Canada

Un plan d’action ou une peau de chagrin ?

QUÉBEC - Analyse du plan d’action gouvernemental pour la solidarité et l’exclusion sociale 2010-2015

Comme un fruit plus que mûr, le nouveau plan d’action de lutte à la pauvreté est tombé de l’arbre du gouvernement, plusieurs mois après la fin des consultations et une dizaine de semaines après le budget. Qu’en penser ? Faites votre opinion et décidez si vous participez à la campagne "retour à l’expéditeur".
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Plan d’action gouvernemental pour la solidarité et l’inclusion sociale 2010-2015 au Québec (cliquez sur l’image pour télécharger le document pdf - 2,72MB - lien externe)

Un verre à moitié plein ?

Si on regarde le deuxième plan, avec son horizon de cinq ans, comme un verre à moitié plein, on pourrait dire que des mesures sont prises pour maintenir le pouvoir d’achat des personnes et des familles qui ont les revenus les plus bas : Le nouveau crédit d’impôt remboursable pour la solidarité qui remplacera et bonifiera trois crédits d’impôts existants [1], va compenser la hausse de la TVQ et certaines hausses de tarif. Les personnes ayant de faibles revenus ne vont pas devoir payer la franchise santé de 200$. Autres points positifs : les prestations de l’aide de dernier recours seront systématiquement indexées à chaque année. Le nombre de logements sociaux planifiés augmente de 3000 unités.

Un verre à moitié vide ?

Si on regarde le plan d’action comme un verre à moitié vide, on voit surtout le manque d’ambition. Malgré le 1,3 milliard de dollars rajoutés par rapport au plan précédent, les personnes en situation de pauvreté vont plus ou moins rester au même niveau de revenu en termes de pouvoir d’achat. Les efforts de création de logement social ne ne sont pas à la hauteur des besoins. Et il y a des irritants majeurs qui restent : le maintien des catégories ‘avec’ et ‘sans contraintes sévères à l’emploi’ et la coupure partielle des pensions alimentaires pour enfants dans le régime de l’aide sociale. Sans oublier que les personnes seules et les couples sans enfants restent les ’oubliés’ du plan. Pourtant le gouvernement est bien conscient que ces groupes ont subi un appauvrissement net depuis plusieurs années.

Donner d’une main et reprendre de l’autre

Le retour à l’emploi reste le meilleur moyen pour échapper à la pauvreté, selon le gouvernement. Il affiche l’intention d’augmenter le salaire minimum à chaque année, mais ne dit pas encore de combien. Cependant, le gouvernement va donner d’une main et reprendre de l’autre : la mesure du panier de consommation de Statistique Canada (entre 13 et 14 000$ par an pour une personne seule) semble devenir le seuil à partir duquel on va être touché par les augmentations des taxes et des tarifs. Ce seuil est très bas. Avec ce revenu, on peut seulement couvrir ses besoins de base et on n’est pas encore sorti de la pauvreté. Est-ce juste de solliciter ainsi les ménages ayant des revenus bien modestes sans demander des efforts proportionnellement plus importants aux ménages ayant les revenus les plus élevés, ayant des réserves et du patrimoine ?

Et nos recommandations ?

Le mouvement ATD Quart Monde avait envoyé ses recommandations au ministre de l’emploi et de la solidarité en décembre 2009. Est-ce que certaines de nos recommandations ont inspiré le gouvernement ? Très peu. Même des mesures qui ne demandent pas de grosses dépenses, n’ont pas été retenues, par exemple :

  • le poids des articles concernant les droits économiques et sociaux dans la charte québécoise des droits et liberté ne sera pas renforcé ;
  • rien n’est prévu pour améliorer la position des locataires à faible revenu, par exemple un code du logement au niveau provincial ou des moyens supplémentaires pour que la Régie du logement réduise les délais pour les plaintes d’insalubrité, ou encore un registre des baux ;
  • il n’y a aucun signe que le gouvernement associera davantage la société civile à l’évaluation des engagements du PIDESC [2].

Pour quelques-unes de nos recommandations, nous pouvons encore espérer qu’elles seront suivies d’effet. Le gouvernement a l’intention d’améliorer la situation des personnes handicapées [3]. Peut-être les personnes malentendantes les plus pauvres auront-elles enfin droit à deux prothèses auditives ? Un meilleur accès au CPE est aussi inscrit dans le plan (des exemptions de contributions parentales pour des familles prestataires de l’aide sociale) [4]. Cependant, cela ne fonctionnera que si un nombre suffisant de places se crée. Et est-ce que des familles en attente du statut de réfugié pourront en bénéficier ?

Beaucoup d’autres organismes et personnes ont été consultés pendant des mois en 2009, mais aucun rapport n’a été publié. Il est donc difficile de percevoir comment tout cela a pu influencer ce plan.

Retour à l’expéditeur

Nous sommes témoins d’une déception profonde chez les personnes en situation de pauvreté et les organismes membres du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Non pas que nous avions attendu de gros gains tout de suite dans le contexte de crise économique. Mais nous avions espéré plus d’ambition, plus de créativité, plus de solidarité…

Aux personnes et aux groupes qui sont déçus par le contenu du plan, le Collectif pour un Québec sans pauvreté propose de renvoyer un exemplaire du plan à l’expéditeur.

Informations détaillées sur la campagne Retour à l’expéditeur

Ou vous pouvez prendre contact avec ATD Quart Monde.

[1] le crédit d’impôt pour la TVQ, celui du remboursement d’impôts fonciers et le crédit d’impôt pour les résidents de villages nordiques

[2] Pacte International des Droits Economiques, Sociaux et Culturels

[3] Plan d’action p. 33 : « À la suite de l’adoption de cette politique [À part entière : pour un véritable exercice du droit à l’égalité, adoptée en juin 2009 par le gouvernement du Québec], l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) a pris l’engagement de piloter un comité qui aura pour mandat d’élaborer, d’ici 2014, des solutions visant la compensation des coûts supplémentaires et la réduction des disparités dans la compensation des conséquences des déficiences, des incapacités et des situations de handicap dans une perspective d’équité pour les personnes handicapées. Le ministère des Finances, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) sont associés à ces travaux. »

[4] « En effet, une mesure d’exemption de la contribution parentale pour les ménages les plus défavorisés est prévue, de sorte que les familles prestataires du Programme d’aide sociale ou du Programme de solidarité sociale dont les enfants sont âgés de moins de 5 ans ont accès gratuitement aux services de garde éducatifs pour un maximum de 23 heures et demie par semaine. Suivant la recommandation d’un établissement de santé ou de services sociaux, la gratuité peut être étendue jusqu’à 5 jours par semaine, et ce, sur une période de plusieurs semaines, pour les enfants qui ont un problème d’adaptation ou qui présentent des besoins particuliers. En rapport avec cette mesure, les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies subventionnées reçoivent également une allocation pour financer les coûts supplémentaires associés à la fréquentation par un nombre important d’enfants issus de milieux défavorisés. » (Plan d’action, p. 39)


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